Foires de La Salvetat Peyralès

En 1849 (22 juillet)

Le Conseil municipal de la commune de Vabre, réuni au lieu ordinaire des ses séances sous la présidence du Maire, en nombre suffisant pour délibérer et ce en vertu d’une lettre du sous-préfet de Villefranche en date du 11 courant.

Présents : Mrs Vabre, Relhan Lacombe, Andurand, Dintilhac, Pomiès, Fraysse, Boyer, Cadilhac, Blanc, Guibbert et Viguié maire après avoir nommé conformément aux lois Mr Vabre pour remplir les fonctions de secrétaire, le maire a donné connaissance de la lettre précitée de laquelle il résulte que le conseil municipal de La Salvetat sollicite, par sa délibération du 27 mai dernier la création du 12 nouvelles foires qui se tiendraient au chef-lieu de cette commune le 1er de chaque mois de l’année, le dit conseil considérant que cette localité a déjà 6 foires qui ne sont pas bonnes, que la demande est trop forte, qu’il faut réserver aux autres communes la faveur de quelques foires si dans la suite elles désiraient en faire la demande, rejette, par ces motifs la création des dites foires et ont tous les membres présents sus désignés, signé au registre.

Echos des foires de La Salvetat (XXème) siècle

La Salvetat-Peyralès est un canton à vocation agricole essentiellement tourné vers l’élevage sous toutes ses formes, bovins, ovins, porcins. Il nous a paru intéressant de plonger dans le passé pour rechercher à travers les écrits ou la mémoire collective, des documents qui nous font revivre « les jours de foire ».

En 1849, sous la 2ème République il y avait à La Salvetat-Peyralès 6 jours de foires dans l’année qui d’après une relation du conseil municipal de Vabre-Tizac n’étaient pas « bonnes ». Le conseil municipal de La Salvetat-Peyralès, dans une délibération du 27 mai demandait la création de 12 nouvelles foires fixées au 1er de chaque mois.

Avant la guerre de 1914-18, les châtaigniers couvraient tous les plateaux, dévalaient dans les pentes. L’élevage des porcs gras dominait tous les autres. Les foires du « cochon-gras » étaient florissantes. En novembre et décembre, le 8 et le 24, en janvier le 8 et le 30, en février le 8. Ces jours-là, des files de six, sept, huit et dix cochons montaient ou descendaient de toutes les fermes des hameaux vers le bourg, dès le lever du jour ou même avant. C’était à celui qui avait les cochons les plus gras, la sélection du plus beau lard. La nourriture à base de châtaignes « lous auriols » séchées au séchoir fermier « lou seccadou » donnait une saveur particulière au jambon, au saindoux venant du Peyralès. Les charcutiers de Lacaune transitant vers le « Midi » venaient faire le plein pour leurs saloirs. Il en partait aussi vers Paris. Les marchands avaient leurs commissionnaires ou courtiers sur place et leur équipe de « tombeurs de porc » les Issalys qui décelaient les porcs « ladres ». Parenthèse (avaient-ils le ver solitaire ou ténia ?) Les foires duraient jusqu’à la nuit noire. La nuit suivante, autre odyssée, il fallait transporter les cochons gras avec des charrettes jusqu’aux gares les plus proches.

Puis vint la « 1ère Révolution Agricole », un peu plus tardive à La Salvetat-Peyralès, car il fallut attendre la venue du « camion ». En 1913, le premier camion du canton fut acheté par Mr l’abbé Chincholle, alors curé de Lescure-Jaoul. Avec le camion, le transport de la chaux rendit possible les cultures de blé, de légumineuses. Les châtaigniers arrachés petit à petit, cédèrent la place à ces diverses cultures et à la pomme de terre. L’élevage des porcs gras continua encore mais déjà on vit apparaître celui des porcelets et des porcs charcutiers. Les foires toujours prospères avaient changé. Célèbres encore pour les porcs, elles étaient peu attrayantes pour les veaux de boucherie de plus en plus nombreux. Ces derniers veaux de 100 à 120 kg élevés avec le lait de la mère étaient vendus dans les foires de Mirandol, de Laguépie, de Lunac où il fallait se rendre à pied, en fourgon, puis plus tard en camion.

En 1936, au mois d’octobre, les habitants de La Salvetat-Peyralès, les commerçants en particulier ont été alarmés par une décision de la municipalité de Villefranche-de-Rouergue instituant une nouvelle foire mensuelle coïncidant avec celle de notre localité. Un changement de date fut fixé en l’occurrence le 6 de chaque mois mais en conservant 2 foires d’hiver le 24. Une commission de 63 membres fut créée. Le bureau qu’elle désigna ne marchanda ni son temps, ni ses efforts pour essayer de leur donner un nouvel essor. Une foire exposition de 3 jours le 6-7-8 novembre 1937 se tint à La Salvetat avec un programme sans précédent à l’époque pour un petit chef-lieu de canton. Plus de quarante exposants furent présents. Le culturel ne fut pas oublié : une soirée de « l’Estello de Bessou » avec des chœurs, des danses de pays, des danses régionales, 2 pièces d’Henri Mouly et une pièce de Séverin Palary félibre majoral. On put aussi monter en avion pour le baptême de l’air.

Après la foire exposition, en 1938, le comité des Foires innove encore pour la création d’un « Comice Agricole » mais par 2 fois, la Société d’Agriculture de Villefranche oppose son veto à cette initiative (11 décembre 1937 et janvier 1938)

La foire aux veaux était lancée et prit de l’importance. Les marchands y trouvaient des bêtes de plus en plus lourdes et de meilleure qualité. Tous les 6 de chaque mois, les marchands venaient du département et des départements limitrophes avec leurs camions. Le foirail s’avéra trop exigu, et la municipalité décida en novembre 1968 de financer la construction du Marché Couvert et la réalisa en 1969. En 1984, il fut agrandi. Ces travaux se terminèrent l’année dernière avec la réalisation d’un parc d’Allotement nécessaire pour une nouvelle forme d’élevage (les Broutards). L’agrandissement de la Place, les Bascules plus performantes sont des œuvres communales bénéfiques pour la renommée des Foires de La Salvetat-Peyralès.

Pendant ces deux décades et demi, on peut souligner avec plaisir, qu’avec la venue des marchands italiens la valeur des veaux du Rouergue ne se limite pas à la région ni à l’hexagone. Une rétrospective établie par Mr Jean-Paul Tragnier nous permet de préciser qu’il a été pesé à La Salvetat par an et de 1971 à 1980 une moyenne de 4500 veaux par an et de 1981 à 1984 une moyenne de 5000 veaux par an, 1983 et 1984 étant les championnes. (1985) étant en voie de dépasser encore 1984. Les foires d’hiver ont des apports nettement supérieurs à celles du printemps et d’été.

Le changement de date de 1980 (le 1er mercredi de chaque mois) est une bonne chose pour le maintien en hausse de ce marché.

Les autres productions locales du canton en pleine expansion, oies grasses, oies de Guinée, canards, volailles, lapins pourraient peut être trouver preneur sur place ? Une direction qui ne laisse pas insensible la population et les élus. Les actions entreprises méritent d’être soulignées.