Le canton de La Salvetat-Peyralès

Le canton de La Salvetat-Peyralès est un des plus originaux du Ségala. En aval de Tanus, le Viaur s’enfonce dans les massifs schisteux et trouve avec peine son chemin. Les méandres sont nombreux, les pentes abruptes et boisées. La vallée jusqu’à Laguépie est à la fois une frontière et un refuge. Dans chaque boucle de la rivière, sur la rive albigeoise ou sur la rive rouergate, et sur chaque éperon se dresse un château en ruines, ou une vieille chapelle : Tanus, Las Planques, Thuriès, Tourène, Pont-de-Cirou et l’Espinassole, Mirandol, Jouqueviel, les Infournats... Le Viaur a été une limite bien tranchée, que les hommes pourtant ont cherché à dépasser ; les incertitudes de la frontière du Tarn et de l’Aveyron le montrent bien, puisque le premier département à du côté de l’Aveyron plusieurs enclaves. Inversement les droits des évêques de Rodez s’étendaient sur Jouqueviel, en terre albigeoise. Le Viaur a été un refuge : il suffit d’évoquer les souvenirs de plusieurs foyers de l’hérésie cathare, de la guerre de Cent ans et les malheurs des partisans des antipapes Benoît XIII et Benoît XIV.

Le canton est sillonné de profondes vallées dans lesquelles s’établirent des châteaux forts et de puissantes familles : le Jaoul avec Cadoule, chef-lieu du Calhès, et Roumégous, le Vernhou, le Liort avec Peyroles, chef-lieu du Peyralès, le Lézert avec Castelmary. Les grands s’y intéressèrent : le comte de Rodez (Castelmary, Tayrac) et le chapitre Rodez (La Salvetat). Des familles féodales s’y développèrent très tôt : les Peyroles, les Castelmary puis les Vernhe, les Tourène, les Cadoule, les Lescure et les Gardelle. Les nombreuses bastides ou projets de bastides sont les marques des luttes d’influence et des ambitions d’occupation du pays par les puissants : La Salvetat bien sûr, mais aussi Tayrac, au-dessus de Castelmary, et Crespin.

L’importance économique du pays était davantage liée aux routes qu’aux ressources du sol : route de Thuriès et surtout route de Rodez à Toulouse, le cami roudanès des anciens textes, qui passait par Crespin, l’Espinassole et Pont-de-Cirou. L’activité agricole était faible. A la fin de l’ancien régime, l’aliment principal était la châtaigne. Le chanvre était cultivé dans les fonds de vallée et permettait une petite industrie textile, purement familiale, et sans autre débouché que local. « Presque tous les habitants sont tisserands, écrit vers 1771 le curé de Crespin, de façon qu’ils ont presque tous leur métier pour faire leur toile ». Sur les pentes les mieux exposées, quelques vignes étaient cultivées. Les toponymes le Truel et le Trouillet rappellent d’anciens pressoirs à huile et à vin, peu nombreux. Il est vrai que les grands possesseurs de la terre, évêque ou chapitre de Rodez et seigneurs locaux, ne semblent pas avoir beaucoup incité les populations à développer leurs cultures. En outre, l’influence des abbayes fut faible : à peine peut-on citer la Chaise-Dieu à Crespin et Rieupeyroux au Nord-Ouest.

Le cami roudanès, route commerciale, fut aussi un chemin de pèlerinage vers St Jacques de Compostelle, dont l’importance est mal connue. Le petit village de l’Espinassole, avec son pèlerinage pour le bétail, fut peut être une halte de transhumance. Les deux grandes routes nationales de Clermont à Toulouse, par Villefranche et Gaillac, et de Lyon à Toulouse, par Baraqueville, Tanus et Albi, se sont développées dès le XVIIIè siècle au détriment de cette voie intermédiaire et tout le pays s’est trouvé isolé.