Légende

La trébo dé lo Saoubetat

Peu de gens se souviennent encore de la belle légende que se plaisaient à raconter les « anciens » près de « Cantou » durant les veillées d’hiver.

Ce récit mi-légende, mi-vérité a eu pour théâtre la ferme de la Roumanie, près du bourg de La Salvetat.

C’était pendant l’hiver. La famille du fermier était rassemblée autour du feu : les femmes (la mémé, la tata, la maman, une voisine ravaudant les vêtements ou filant la laine des moutons) les hommes (le père, le fils, un jeune domestique) fabriquant des paniers et des paillasses pour le pain.

La salle était faiblement éclairée par une lampe à huile et le feu de branches de châtaigner pétillait et craquait.

Tout était calme et paisible : le chien dormait près du foyer, ainsi que deux ou trois chats, roulés en boule. Tout à coup, le bruit de moutons apeurés qui se réfugient dans le fond de la bergerie, se fait entendre. Tous, intrigués, cessent leur travail et dressent la tête. Quelque chose d’insolite se passait. Le chien se leva et se mit à trembler, n’aboyant même pas.

Des pas ou plutôt un frôlement se fit entendre dans l’escalier : quelque chose s’approchait.

La porte qui était fermée s’entrebâilla et l’on vit apparaître une grosse tête noire : un corps de chien, de loup ou de loup-garou fit irruption dans la vaste cuisine.

La stupeur fut générale, les visages blêmirent et les femmes se serrèrent peureusement.

L’animal, ou le soi-disant tel, alla directement au saloir. Il faut vous dire qu’à cette époque-là, avant la Révolution, les fermiers conservaient précieusement le sel dans le saloir. C’était l’époque où les faux sauniers faisaient la contrebande du sel et étaient pourchassés par les gabelous qui faisaient payer un droit excessif sur le sel.

Arrivé « le saladou » l’animal se mit à le lécher furieusement. Le fermier l’interpella et lui dit : « Ané ba tei, lo te bailleran to sel, l’auras demo, où te dis-jé »

Lou bagnas partit. Tout redevint calme. Au bout d’un moment, le paysan qui s’appelait Sicard dit à son fils et au jeune domestique : « demain, vous irez apporter un bloc de sel dans la pente au fond du ravin sur le gros rocher près du Liort.

Et plus tard, on disait : « A la nuit noire, ne va pas là-bas car il y a la Trébo de la Savetat »



« Lous Lengaissades »

Il y avait une famille de « Lengaissades » Qu’es-aquo ?

Ils étaient 5 (3 frères, le père et le cousin : « les Maffre », nom des ascendants mais en vérité ils s’appelaient « Issaly » de « 1900 à 1930 »)

A cette époque, l’élevage important était celui des porcs gras. Porcs de 100 à 200 kg élevés dans les châtaigneraies du Ségala de Najac à Réquista, dans tout le Bas-Ségala.

Achetés à 2 mois ou élevés par des truies mères, les porcelets mangeaient des trèfles, des choux, de la bouillie, des pommes de terre, un peu de son ou de la repasse (on gardait la farine pour le pain du ménage)

Chaque jour on faisait cuire la bouillie (épluchures, pommes de terre, les petites car les grosses on essayait de les vendre, les pommes tombées.) On les nourrissait 2 fois par jour (dur pour les femmes) alors qu’il fallait tirer l’eau du puits avec les seaux et pendant les sécheresses ? aller plus loin la chercher. A l’automne, on les freinait dans les châtaigneraies ou dans les glandées après avoir ramassé les châtaignes que l’on faisait sécher dans les « seccadous ». Connaissez-vous les seccadous du Ségala ? Couverts de lauzes, construits en pierre, une ouverture en haut (petite fenêtre) une porte.

A l’automne et en hiver, le « seccadou » faisait son œuvre. Au sol de terre battue, des souches allumées qui fumaient. Au-dessus sur le plancher des châtaignes qui séchaient « lous Auriols »

Ces châtaignes sèches mises en sacs étaient ensuite disponibles pour les cochons et les gens jusqu’en juin.

Chaque femme élevait donc de 5 à 10-12 cochons, « 12 cochons on en parlait beaucoup » que l’on amenait à pied dans les foires.

Revenons à nos Languessaïres. Avant chaque foire de La Salvetat (il y en avait 4 en hiver) et de Najac, Cros près de Naucelle (il y en avait une fin décembre), ils partaient par deux de Najac à Naucelle pour se rendre dans les étables (nom des porcheries modernes) pour regarder si les cochons n’étaient pas ladres (ver solitaire ou ténia) A quoi les reconnaissaient-ils ? des pustules sous la langue.

Ils gagnaient bien leur vie, faisaient bombance, buvaient de bonnes rasades de « gnole » mais aussi se mettaient comme des cochons bien sûr dans ces étables pavées, boueuses et sombres.

Ils allaient aussi dans les foires et le matin avant l’ouverture, ils procédaient à leur travail en combine avec les marchands. C’était dirions-nous aujourd’hui un lobby ou un privilège.

Comment l’ont-ils perdu ? Un beau jour, un monsieur agriculteur, fort en gueule, leur dit un jour de foire de La Salvetat, « je vous défends de toucher à mes cochons, j’en réponds devant toute une assemblée de vendeurs et d’acheteurs ». A partir de ce jour-là et petit à petit, vers 1920 environ, le privilège se raréfia et chacun suivit le troublions qui avait commencé. Il faut vous dire aussi qu’un cochon ladre n’était pas acheté par le marchand mais que le producteur se le ramenait chez lui. On le mangeait quand même en sachant bien qu’il fallait cuire la viande et ne pas l’utiliser en saucisse et jambon.

Nos Languessaïres qui étaient aussi maçons et paysans se recyclèrent comme on dirait aujourd’hui.