HISTOIRE DE L'EGLISE DE BIBAL

C'est une petite église isolée en pleins champs, au sommet d'une colline, une petite église avec son ancien presbytère et tout autour son jardin de curé, mais sans carillons, sans messes, sans presque plus d'activités.

Faut-il conserver ce morceau de Patrimoine architectural? :

C'est en tous cas ce que souhaite l'Association Pour la sauvegarde de l'église de Bibal qui vous propose cette brève narration de construction de l'église.

La mémoire riche encore des hommes de cette paroisse ne peut à elle seule nous éclairer sur cette histoire. Des documents existent, et l'un d'entre eux extrait du Livre de paroisse de La Salvetat, nous raconte dans quelles circonstances fut édifiée cette église.

C'était au beau milieu du XIXe siècle. Il paraît qu'alors et depuis bien longtemps les villages riverains du Viaur à savoir Bellecombe, La Maleyrie, La Gachetie, Bibal et Leruech rêvaient de se séparer du centre de la Salvetat et de fonder une paroisse nouvelle avec le concours du village de l'Herrn dépendant de Blauzac.

Ceci venait sans doute de la distance de ces villages à La Salvetat ou peut être encore un sentiment très ancien de méfiance qu'éprouvaient les habitants de la vallée envers ceux du plateau.

Or en 1863, le curé Tranier et son vicaire Fontanel proposaient à tous les paroissiens une souscription pour l'agrandissement et la modernisation de l'église de La Salvetat modernisation qui comportait aussi la destruction de la tour de cinq étages de l'ancienne église fortifiée. Les Bibalais souscrivirent. Mais ils décidèrent en même d'étudier le projet de construction de l'église de Bibal.

A leur tête Jean Pierre Fraysse, gendre de monsieur Trébosc de Bibal et instituteur à Pradials, réunit dans sa ferme de Bibal, la future école privée et actuellement maison Pradel, le 26 février 1863 à 4 heures du soir, 43 chefs de famille souscrivirent la donation suivante, par-devant Maître Teulat, notaire à La salvetat: 2096 Euros en argent plus 9 journées d'hommes pour les individus capables, et 9 journées de charrette par paire de bestiaux, ce qui totalise 68 journées en tout.

Le curé de La Salvetat, incrédule tout d'abord devant le projet, vit que les engagements étaient pris, que le lieu était fixé - après débats suscités semble t-il par le curé lui même qui proposait aux uns et aux autres des lieux de construction différents - et navré de perdre une partie de son territoire, ne décolérera pas par contre les dissidents cherchant à les ridiculiser:

" Ils veulent bâtir une église, disait-il, et ils n'auront pas d'eau pour gâcher le mortier"

"Si nous n'avons pas d'eau nous la ferons avec du vin, répliquait-on". Il est vrai que l'on cultivait la vigne à Bipale et point à La Salvetat!

Dans le courant de l'année, l'abbé Tranier se rendit à Rodez afin de faire approuver la souscription pour son église à la Préfecture, mais il perdit le document. Ceux qui le trouvèrent en informèrent les responsables de Bibal qui s'empressèrent de retirer leurs signatures avant l'approbation préfectorale.

La même année, le 22 septembre 1863, la première pierre de l'église de Bibal fut posée, et la croix fut hissée au faîte du clocher le 8 décembre 1864. Les gens du village travaillaient de nuit et même les dimanches, pour transporter les matériaux, les pierres de Marlasc, la chaux de Carmaux, les ardoises de Dourgne. La famille Pradines, dit-on encore, ne fit pas les semailles cette année là pour aider à la construction.

L'église fut construite sous le vocable de l'Immaculée Conception et le jour de la nativité de la sainte vierge, le 8 septembre fut choisi pour fête patronale

Tandis que les habitants déployaient de leur ardeur et que les travaux avançaient, monsieur le curé de La Salvetat les dénonçaient comme rebelles à Monseigneur l'évêque et leur affirmait que leur église construite dans de telles conditions, ne serait jamais ouverte au culte.

Une lettre datée du 26 mars 1864, écrite par le vicaire général, monsieur l'abbé Sabatier à Monsieur le curé de La Salvetat, insiste sur le coût élevé d'établir une église succursale (une dépense de 6097 à 7623 Euros; environ 2286 Euros pour l'église et son clocher, 2286 Euros pour décorer et améliorer l'intérieur, 1524 Euros pour le presbytère et le cimetière) et il continue:

"Et quand ils auront tout cela, il serait encore douteux que Monseigneur l'évêque permette le culte dans un édifice entrepris sans son autorisation et attribue un vicaire à une paroisse qui aurait agi sans son acquiescement: dites leur qu'il serait sage d'abandonner ce projet."

Un peu plus d'un an après, le 23 Avril 1865, monseigneur l'évêque Delalle lui-même écrivait:

"C'est un principe de droit canonique que les décisions épiscopales transmises par un grand vicaire doivent être acceptées comme si elles l'étaient par l'évêque lui même"

Pou ôter tout prétexte à ceux de ses paroissiens qui ont voulu bâtir une église à part d'une église paroissiale.

"Je déclare...que je n'ai consenti ni de vive voix ni par écrit à la construction de ce genre. En outre je proteste contre la violation du droit canonique qui m'appartient, d'accorder ou de refuser semblables autorisations...et ne puis admettre des subtilités par lesquelles on peu éluder la soumission due l'évêque. Je n'admets non plus la valeur des bruits qu'on fait courir sur des propos attribués à des ecclésiastiques des mieux accrédités auprès de moi qui font espérer un prêtre aux constructeurs d'église quand elle sera terminée. Je ne sais pas qui sont les prêtres qui se permettraient de parler ainsi et ne leur reconnaît aucune compétence dans les choses de mon administration. Ce sont de purs commérages par lesquels on égare ces pauvres gens... Je vous charge de leur ...exprimer la peine que me pause cette entreprise contraire à ma volonté passée, présente et future comme elle est contraire aux intérêts de la population."

Cependant, l'église se trouva terminée et ornée, il restait à convaincre l'évêque qu'il la bénisse et la livre au culte. On lui envoya des personnes amies et influentes mais tous s'accordaient à dire qu'il était inflexible.

Monsieur Fraysse appela alors 8 hommes intelligents et "capable d'entendre le français", et ils partirent le 18 octobre 1866 pour Rodez. Ils allèrent trouver directement Monseigneur Delalle.

Celui-ci les reçut fort mal et chercha à les mettre à la porte. Il leur dit qu'ils étaient des gens sans Foix ni loi, qu'ils avaient bâti une église où les offices ne pourraient être célébrés vu sa pauvreté et qu'on n'avait pas suffisamment de prêtres pour desservir les églises déjà existantes, à plus forte raison celles de construction récente construite contre sa volonté.

Il les reconduisit à la porte de son appartement. Ils tombèrent alors tous à genoux et l'empêchèrent de fermer la porte. Monsieur Fraysse, prenant la parole, dit à Monseigneur qu'il n'y avait pas de paroisse qui donnât plus de prêtres que celle de Bibal et qu'il espérait voir un jour ses sept enfants prêtres ou religieuses.

L'évêque s'assit de nouveau, fit s'asseoir ses visiteurs et les interrogea. Après il leur dit:

"Enfants je peux jurer par moi-même. A la prochaine confirmation je me rendrai sur les lieux".

Il fallait en effet calmer les esprits tant ceux de Bibal que celui du curé de La Savetat. Et pour consoler ce dernier de la perte possible d'une partie de sa paroisse, pour le récompenser aussi des travaux exécutés à l'église de La Salvetat, l'évêque le nomma chanoine honoraire de la cathédrale de Rodez.

La confirmation annoncée eut enfin lieu le 15 mai 1868. Le soir de la confirmation à 2 heures précises, Monseigneur monté sur la voiture de l'abbé Tranier, quitta La Salvetat pour aller visiter l'église de Bibal. Or, à la limite des deux paroisses"as prats de la Rodo" la jument du curé refusa d'aller plus loin, se cabra et s'obstina à ne plus faire un pas. Voulait-elle être plus tenace que l'opposition de son maître qui se trouvait là dans la voiture et accompagnait certainement à regret l'évêque? Il fallu faire rebrousser chemin et gagner Bibal à pied.

Or, à un kilomètre de l'église Monseigneur trouva toute la population, 410 personnes avec dit-on, des enfants de cinq jours. La procession était dirigée par monsieur Fraysse et l'abbé Prat, originaire de Bibal et curé de Lalo.

L'évêque, accompagné du clergé, visita l'église, puis fit entrer l'assistance qu'il bénit. La foule, voyant qu'il se retirait sans rien promettre, leva les mains au ciel et supplia de bien vouloir livrer son église au culte. Des larmes tombèrent dit-on alors des yeux de Monseigneur et il fit dire par son grand vicaire que rentré chez lui il arrangerait tout cela. L'abbé Tranier consentit alors de céder mais à la condition que les schismatiques payent à la paroisse de La Salvetat une indemnité de 717 Euros. Cette exigence exaspéra les Bibalais et, dans les bas villages, plusieurs personnes n'assistèrent plus aux offices, durant l'hiver 1868. Les enfants n'allèrent même plus au catéchisme. Pour calmer les esprits Monseigneur envoya à La Salvetat deux prêtres jésuites qui prêchèrent une retraite de trois semaine et, dans une lettre du 28 décembre 1868, il s"engagea à payer lui-même 610 euros tout en spécifiant que les Bibalais payeraient les 107 Euros restants.

L'église fut enfin solennellement bénite en janvier 1869. Trente-cinq prêtres y assistèrent ainsi que de nombreux laïques avec en tête monsieur Cibiel, député de l'Aveyron. Ensuite ce furent d'abord l'abbé Bel, puis l'abbé Vaysse, vicaires, qui virent dirent la messe du dimanche.

Le cimetière fut construit en 1870. L'abbé Vaysse vint habiter chez la famille Fraysse et dirigea la construction du Presbytère. La paroisse lui fournit lui fournit le traitement et c'est à partir de 1871 que l'église succursale de Bibal fut officiellement établie.

La promesse faite par Jean-Pierre Fraysse à l'évêque fut tenue: ses sept enfants entrèrent tous dans les ordres. Parmi ceux-ci, Alphonse Hilandon Fraysse, né en 1842, fut ordonné prêtre à Marseille en 1865 et fit une brillante carrière en Nouvelle-Calédonie comme évêque de Nouméa. Un autre fils Célestin Fraysse, né en 1851 et ordonné prêtre en 1877, alla aussi en Nouvelle-Calédonie où il fut missionnaire économe à saint Louis. Il mourut à Nouméa en 1906.

Prêtres résidents:

Abbé Vaysse 1870-1895 Abbé Fraysse 1895-1925

Abbé Allègre 1928-1938 Abbé ArTus 1939-1958

Prêtres desservants:

Abbé Bel 1869-1870 Abbé Salvagnac 1958-1981

Abbé Frayssinet 1981- à nos jours

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