UNE PAGE D'HISTOIRE

Jean, Pierre & Jeanne TRAINER (ou TRAINER)

Les derniers fidèles de l'anti-pape Benoît XIV

On ne peut comprendre l'histoire de Pierre TRAINER ou TRAGNIER, sans un retour rapide sur l'histoire du Grand Schisme d'Occident, qui se produisit après la mort du pape Grégoire XI, dernier pape d'Avignon, en 1378.

Sous la pression, les cardinaux élurent à Rome UrbainVI. Mais le "parti français" choisit Clément VII (Avignon). La chrétienté et l' Europe furent divisés.

Pour départager les deux papes qui se disaient légitimement élus, on pensa à l'arbitrage d'un Concile. Clément VII mourut, mais ses partisans se raidissant élurent Pedro de Luna, sous le nom de Benoît XIII (1394). Le Concile réuni à Pise en 1409 décida de déposer les deux papes et choisit un nouvel homme: Alexandre V. Mais les deux papes refusèrent au concile toute autorité sur eux et s'excommuniant l'un l'autre excommunièrent le Concile.

On se trouvait avec trois papes. Alexandre V mourut peu après, les cardinaux le remplacèrent par Jean XXIII. Celui-ci réunit à nouveau un Concile à Constance(1414) en présence des représentants de toute la chrétienté. Le Concile proclama sa supériorité sur le pape. A sa demande Jean XXIII abdiqua; Grégoire VII successeur d'Urbain VI, "le pape de Rome fit de même. Mais Benoît XIII, "le pape d'Avignon", affirmant sa légitimité , refusa. Le concile élut pape en 1411 Martin V, qui reprit les rênes de l'Eglise et mit fin au Concile. Benoît XIII mouru en 1422. Le grand schisme était presque achevé.

Si l'anti-pape Benoît XIII ( Pedro de Luna) avait tenu si longtemps, contre presque tout le monde, il le devait à la force de son caractère mais aussi au soutien de quelques princes et surtout des Armagnac, comtes de Rodez. C'était un homme savant, subtil, habile et vertueux, qui paraissait très convaincu de sa légitimité ou fort entêté, selon que l'on était de son côté ou son adversaire. Il avait été élu "pape" en 1394, à la mort de Clément VII, à la condition qu'il ait pour premier objectif la paix de l'Eglise et qu'il se retire si besoin était, il en avait pris l'engagement. Mais une fois investit de la charge suprême, il refusa toute démission. En raison de son entêtement, il fut progressivement abandonné par les princes, qui pourtant ne négligèrent aucune démarche diplomatique auprès de lui, et il se réfugia à Péniscola, sur la côte près de Valence, où il refusa désormais toute composition.
Le plus fidèle soutien de Benoît XIII fut le connétable Bernard d'Armagac, comte de Rodez (1415-1418) et sa famille. En France, le conflit entre Armagnacs et Bouguignons compliqua encore la division religieuse de prolongements politiques.

Un des zélés partisans de Benoît XIII était le Rouergat Jean Carrier, archidiacre de Saint Antonin, chamoine de la cathédrale de Rodez. Il était devenu son vicaire général dans les états du comte d'Armagnac. Déclaré devenu son vicaire général dans les états du comte d'Armagnac. Déclaré schismatique, il se réfugia dans le château de Tourène (commune de Crespin), dans les gorges du Viaur. Ce refuge fut surnommé par dérision Péniscolette. Benoît XIII remercia Carrier de sa fidèlité en le créant "cardinal" ou si l'on préfère "anticardinal". A la mort de Benoît XIII, Carrier décréta qu'il formait à lui tout seul un sacré-collège et il élu secrêtement un compatriote qui n'aurait été que Bernard Garnier, sacristie de Rodez et qui prit le nom de Benoît XIV. Le parti schismatique se défaisait complètement. Mais Carrier tenait bon avec l'appui du comte d'Armagnac. Il fut pris à Puylaurens en 1433 et mourut peu de temps après dans les prisons du château de FOIX.

C'est ici que nous trouvons les Tranier. Au Coulet, près de Montou, et non loin de Tourène, vivait le forgeron Jean Tranier et sa famille. Partisan de l'anti-pape Benoît XIII, Tranier n'allait pas à l'eglise à Montou, dont le curé reconnaissait Martin V, mais à Cadoulette ou à Murat où se trouvaient des prêtres de son parti: Jean Moysset, Guilhem Noalhac de Jouqueviel et Jean Féral ou Faral. Il se moquait du pape Martin V en chant: Arri Marti!. A la mort de Benoît XIII, les Tranier à la suite de Carrier reconnurent Benoît XIV. Celui-ci nomma Jean Ferrat cardinal...qui, à la mort de Benoît XIV élit, à son tour Jean Carrier pape, Pierre fils de Jean Tranier fut arrêté et mis quelques temps en prison à Najac (vers 1446). Mais il abjura ses croyances, fut relaxé retrouva les siens et selon la terrible expression de ses juges " tanquam cabis ad vomitum retuendo" ( retournant comme un chien à ses vomissements) il revint au parti de Carrier.

Les Traniers décidèrent de passer à la clandestinité, préférant comme ils le déclarèrent plus tard, perdre leurs biens mais sauver leur âme. Jean et ses enfants Pierre, Jean-Baptiste et Jeanne gagnèrent les gorges sauvage du Viaur, se cachant désormais dans les grottes et dans les bois, se déplaçant la nuit, suivant les sentiers les plus détournés. Ils passèrent un an à Pont-Courbe, trois ans au moulin de Bédène, près du pont des Infoumats, 15 mois au moulin de la Soulayde. Des habitants du voisinage les hébergeaient et leur fournissaient les vivres en échange de divers travaux. Le "cardinal" leur compatriote leur donnait les sacrements. Une nuit au bois du Boscvert, près de Roquebilière, à coté des Infoumats, il les confessa et leur donna la communion avec deux hosties, qu'il avait cachées entre les pages d'un livre pour ne pas attirer l'attention.

On fini par arrêter les indomptables Tanier au moulin de la Soulayde, en 1467, sauf Jean Baptiste, qui était peut être mort entre-temps. Ils durent s'expliquer à Rodez, place du marché neuf (aujourd'hui de la Cité), devant l'official de Rodez: pour eux l'église légitime était celle de Jean Carrier; celui-ci procédait du seul pape Benoît XIII; le Concile n'était pas supérieur au pape; il n'avait pas à se soumettre à lui....

Quand on lit le procès verbal du jugement, on est surpris des connaissances de ces hommes, qui avaient vécu pendant vingt années comme des parias, de la qualité de leurs réponses et de la logique de leur raisonnement. Ils se considéraient comme de bons catholiques, rejetant tout compromis avec" l'église maligne" ( Ecclésia maligna)... Ils étaient assez peu nombreux; mais ce n'était pas le nombre qui faisait la vérité. Leur pape était désormais clandestin. Mais selon une prophétie, le roi de France saurait le découvrir et il le rétablirait sur son trône.

Jean Tranier que l'on appelait Lo Fabre del Colet, et surnommé le Prophète Elie, mourut pendant le procès sans se rétracter. Il avait environ 60 ans. Ses enfants Pierre et Jeanne convaincus de schisme et d'hérésie furent condamnés à leur exposition publique. Pierre Tranier 40 ans, en appela au roi de France, Jeanne 35 ans adjura et fut condamnée à la prison perpétuelle. Ainsi disparut le premier carré des fidèles de la petite église du Viaur.